Pour Kevin Welch, Chief Strategy Officer d’ENGIE Benelux, il est midi moins cinq si l’on veut sauver la planète. Et son sauvetage passe non pas par une transition énergétique mais une révolution énergétique. Une révolution dans laquelle le photovoltaïque fera figure d’énergie salvatrice.

ENGIE Electrabel Kevin Welch jbcVous prônez une révolution énergétique pour sauver la planète, mais ne vient-elle pas trop tard ?

Kevin Welch : « Il n’est pas trop tard, mais il est midi moins cinq… C’est vrai que les grands groupes énergétiques ont pour la plupart jugé risqué de se lancer dans les renouvelables. Ils ont préféré attendre, contrairement à des acteurs plus petits qui ont pris les subventions en se disant qu’ils verraient ensuite. Ce n’est que lorsqu’elles ont vu que le monde changeait et qu’un retour en arrière serait impossible que les grandes ‘utilities’ se sont adaptées. Certaines plus vite que d’autres… »

Cette révolution passe par une chute drastique des émissions de CO2.

K.W. : « Tout à fait. Si nous voulons limiter le réchauffement à 2°C, la Terre ne peut plus émettre que 1.000 gigatonnes de CO2 durant tout son futur. Dans le passé, elle a émis 1.900 gigatonnes. Nous devons donc concentrer nos efforts sur cette diminution des émissions de CO2. »

Quelle solution préconisez-vous ?

K.W. : « Le photovoltaïque est la technologie salvatrice. C’est ma conviction profonde. Tout simplement parce qu’elle sera la technologie la moins chère pour produire sans émissions de CO2. »

Vous pouvez nous donner quelques chiffres ?

K.W. : « Aujourd’hui, le coût moyen de production par panneau solaire s’élève à 100-120 euros par mégawattheure (MWh). D’ici 2030, avec le solaire organique intégré au bâti, ce coût chutera à 40 euros par MWh. Conséquence : le solaire sera intégré partout et entrera en compétition avec l’électricité produite en gros dont le prix de marché est aujourd’hui de 28 à 30 euros par MWh, mais surtout avec les 190 euros par MWh que nous tous, les consommateurs, payons pour l’électricité à la prise. »

Il y a tout de même un ‘hic’, le photovoltaïque est tributaire des conditions climatiques…

K.W. : « Vous avez raison. La solution passera par le stockage. Individuel ou par pâté de maison. Pour le moment, le stockage individuel coûte 350 à 400 euros par MWh, mais, d’ici 2030, il devrait être divisé par dix, soit 40 euros par MWh. L’équation sera limpide pour les ménages belges !

De plus, le digital facilitera grandement les choses. Il favorisera la consommation quand les panneaux produiront et le stockage quand les occupants de la maison seront absents. Le digital va modifier notre façon de gérer l’énergie et c’est pour cela qu’ENGIE Electrabel développe de nouveaux services et produits comme la boxx, par exemple. »

Si les gens pourront plus facilement stocker leur énergie, n’avez-vous pas peur, à terme, qu’ils se déconnectent du réseau ?

K.W. : « Le réseau électrique restera la colonne vertébrale du système. La tarification sera différente, selon la puissance de pointe utilisée. Il en ira sans doute autrement pour les réseaux de distribution de gaz. Le volume transporté pour les ménages va diminuer suite à l’électrification du chauffage dans les maisons, surtout passives, et à l’efficacité énergétique introduite dans les bâtiments existants. »

ENGIE Electrabel fotovoltaïsch photovoltaïque jbcReste que toute cette électricité ne pourra pas être produite par les seules solutions renouvelables !

K.W. : « Si nous adoptons une vision volontariste sur base de nos connaissances et compétences actuelles, nous devrions arriver à 60 ou 70% de capacités renouvelables : 25 ou 30% de solaire, 30 ou 40% d’éolien – nous allons densifier notre production onshore et offshore – et un peu de biomasse. Ca pourrait être même davantage si une vraie rupture se produit. »

Et pour les 30 ou 40% restants, vous comptez sur quoi ?

K.W. : « Les centrales au gaz. C’est le meilleur complément, car elles sont flexibles et existent pour partie. Nous devons récupérer tout ce qui peut l’être. Les centrales au gaz, donc, mais aussi les centrales nucléaires qui, il faut le préciser, restent la technologie la moins onéreuse et la moins polluante en termes d’émissions de CO2, puisqu’elles n’en émettent tout simplement pas. »

Cela n’empêche pas certains de nos voisins, dont l’Allemagne, de demander leur arrêt…

K.W. : « Ils disent que nos centrales ne sont pas sûres. Si c’était le cas, nous ne les exploiterions pas !

Par contre, je me demande souvent pourquoi l’Allemagne et la Pologne continuent à produire de l’électricité à base de lignite qui émet trois fois plus de CO2 au MWh que les centrales au gaz qui, elles, sont à l’arrêt… »

Quel back-up aux technologies renouvelables ?

K.W. : « Même dans une politique volontariste verte, il faudra un back-up. Les centrales au gaz existantes peuvent encore servir. Nous devons trouver une solution qui donnera un coup de jeune au modèle économique qui gère le prix de l’électricité pour que ces unités ne soient pas démantelées.

Est-ce que cela passe par une subsidiation de ces centrales au gaz, je laisse cela ouvert. Mais ce qui est certain, c’est que le modèle de l’électricité en gros n’est pas tenable et est archaïque. On est au bout d’un système qui pourrait conduire à une crise systémique comme celle que l’on a connue dans le monde bancaire. Plusieurs acteurs européens sont en mauvaise position. Il faut d’urgence remettre le système à plat et être inventif. »

Que préconisez-vous ?

K.W. : « Il est urgent que la société civile réalise que continuer à faire tourner les centrales les plus polluantes qui émettent trois fois plus de CO2 que les centrales au gaz est une ineptie. Je suis convaincu que ce qui ne sera pas nécessairement fait par les gouvernements le sera par les citoyens. Si la base bouge, les dirigeants devront agir. J’ai cet espoir. »

03.05.2016