L'accord entre Electrabel et le Gouvernement fédéral conclu le 30 novembre a été largement commenté. Comme le nucléaire est un sujet clivant, les ‘pro’ et les ‘contre’ se sont exprimés, ce qui est bien légitime. Nous avons, cela dit, extrait une dizaine d'affirmations qui ont été véhiculées cette semaine et qui sont incorrectes.

ENGIE Electrabel Doel jbcPour vous permettre de vous faire une opinion sur la question, voici les éléments objectifs pour rétablir la vérité.

1. "Doel 1 et 2 ne sont pas du tout nécessaires à la sécurité d’approvisionnement. Pourquoi les prolonger ?"

La sécurité d'approvisionnement ne s'envisage pas en août pour le mois de novembre. La question de la sécurité d’approvisionnement doit être considérée à moyen et plus long terme et tenir compte de nombreux éléments, en ce compris de l'évolution des moyens de production dans les pays environnants. La Belgique est de plus en plus dépendante des importations d’électricité. Or, on constate que les pays voisins auront dans les années à venir de moins en moins de capacités excédentaires à exporter vers la Belgique. Les Pays-Bas en sont un exemple. À partir de 2019, en fonction du scénario retenu, ce pays n’exportera plus vers la Belgique ou, en tout cas, en moindre mesure. Donc, même s’il est vrai que le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 a un impact positif certain sur le court terme, la prolongation de la durée de vie de Doel 1 et 2 de 10 ans va contribuer à la sécurité d’approvisionnement dans les prochaines années. Ajoutons que les prévisions sont faites sur la base de projections qui ne peuvent déterminer avec certitude la disponibilité exacte du parc de production (des indisponibilités temporaires et imprévues sont toujours possibles) et la réalité des conditions climatiques (vagues de froid par exemple).

2. "Diminuer la contribution nucléaire, c'est uniquement faire un cadeau à Electrabel et les clients, eux, ne reçoivent rien !"

L'accord conclu avec le Gouvernement fédéral ne constitue d'aucune façon un ‘cadeau’ pour Electrabel. Ce que demandait l'entreprise, c'est simplement d’être traitée comme n’importe quel industriel : pas de régime de faveur mais pas de régime de défaveur non plus. L'accord avec le Gouvernement permet de donner un cadre pour la prolongation de Doel 1 et Doel 2 avec une redevance de 20 millions par an. En parallèle, le Gouvernement fédéral a fixé le cadre fiscal pour les centrales de Doel 3, Doel 4, Tihange 2 et Tihange 3. Le gouvernement s'assure une contribution minimale garantie pour le futur, tout en s'assurant que, si les marges d'Electrabel augmentent, la contribution augmentera aussi. Ce système n'est en rien un cadeau. Il permet juste de revenir à une certaine normalité. En effet, le taux de taxation sur les activités nucléaires était devenu confiscatoire : Electrabel payait plus en impôts que les marges qu’elle dégageait sur ses activités. Les prix de l’électricité ont été réduits de moitié ces dernières années, ce qui a eu un impact considérable sur les marges. Il est logique de tenir compte des ces évolutions dans la manière dont la contribution est calculée.

3. "C’est dangereux de prolonger de vieux réacteurs au-delà de 40 ans !"

La limite de 40 ans d’âge pour une centrale nucléaire est une décision politique. Les centrales n’ont pas d’obsolescence technique programmée à 40 ans d’exploitation. La sûreté nucléaire est la priorité numéro un pour Electrabel. Les centrales sont entretenues scrupuleusement et inspectées régulièrement. Tous les 10 ans, elles font l’objet d’une grande révision durant laquelle elles sont comparées avec les standards internationaux de sûreté nucléaire les plus récents et leur design est amélioré. Doel 1 et 2 font partie, selon les autorités internationales, des meilleures centrales au monde, tant en termes de sûreté que de disponibilité. La prolongation des réacteurs se fait sous le contrôle de l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire qui est indépendante. Electrabel va investir 700 millions d’euros pour permettre la prolongation des deux unités en toute sûreté.

4. "La facture des clients va augmenter, même Test-Achats le dit !"

Cette affirmation est totalement inexacte. Ce n’est ni le client, ni l’État qui payeront la prolongation de Doel 1 et Doel 2. C’est Electrabel, entreprise 100% privée, qui va investir 700 millions d’euros localement. Les prix de l’énergie se forment sur le marché de gros. D’ailleurs, s’il y a plus de production, les prix ont plutôt tendance à baisser. Il ne faut pas non plus oublier que l’électricité que le client consomme (la partie Electrabel de la facture) ne représente que 30% de la facture, le reste étant les coûts de réseau, taxes, TVA et soutien au renouvelable. Au contraire, la prolongation permettra de dégager 200 millions d’euros sur 10 ans afin d’alimenter le fonds pour la transition énergétique. À noter encore que les énergies renouvelables peuvent compter sur des subsides indispensables à leur développement. Ces subsides impactent eux la facture finale du client.

5. "Aucun investissement dans l’énergie verte ne sera plus possible !"

Au contraire. Electrabel est d’ailleurs le premier producteur vert du pays et entend le rester. Si tous nos projets se concrétisent, nous pourrions investir par ailleurs 4,3 milliards d’euros dans les 10 ans en Belgique, dans l’éolien terrestre, l’éolien en mer, le stockage, l’efficacité énergétique… C’est trois fois plus que dans la prolongation du nucléaire. Opposer continuellement le renouvelable au nucléaire est un faux débat. Il ne faut pas opposer les technologies. La transition énergétique passera par une complémentarité de moyens de production, de solutions pour améliorer l’efficacité énergétique chez nos clients et par l'innovation. L’accord, qui est intervenu, est important parce qu’il sécurise la sécurité d’approvisionnement et qu’en même temps, il permet de se lancer activement dans la transition énergétique et l’après-nucléaire en donnant plus de temps aux autorités pour déterminer leurs politiques.

ENGIE Electrabel nucleaire jbc6. "Il va falloir éteindre des éoliennes lors des pics de production, car les centrales ne peuvent être arrêtées. C’est un frein au développement des énergies renouvelables !"

Pour un entrepreneur, c’est l’incertitude qui empêche d’investir. Or, pour investir dans l’industrie, il faut une vision sur 15 à 20 ans. C’est particulièrement vrai dans l’énergie où le secteur est tellement sous pression qu’en Europe presque plus aucun investissement important ne se fait. D’où l’importance de déterminer ce que les autorités veulent pour le futur énergétique de la Belgique, en ce compris la façon dont les différents moyens de production seront soutenus par des mécanismes adéquats qui tiennent compte de la réalité du marché (par exemple, les prix de l’électricité). Il est urgent que les quatre Ministres de l'Énergie se mettent ensemble à table pour dessiner la politique énergétique du pays. C'est sur la base de cette politique que tous les acteurs de l'énergie pourront proposer d'investir.

7. "La prolongation va renforcer le monopole d’Electrabel, aucune concurrence n’est possible !"

Contrairement aux idées reçues, Electrabel ne représente que 42% de la capacité de production électrique en Belgique. De plus, il ne faut plus seulement considérer la Belgique comme un îlot. La Belgique fait partie d’un marché interconnecté entre la France, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Allemagne. Sur ce marché, ENGIE représente moins de 10% des capacités de production installées. Il s’agit donc d’un marché avec une forte concurrence et une multitude d'acteurs.

8. "Où iront les 4 milliards d’investissements que vous avez prévus ? Sûrement pas dans du vert !"

Electrabel est déjà le premier producteur vert du pays. Si tous nos projets se concrétisent (extension de Coo, parc éolien offshore Mermaid…), nous pourrions investir plusieurs milliards d’euros dans les 10 ans en Belgique autour de trois axes : une énergie produite de façon décentralisée, émettant moins de CO2, et le développement de services intelligents, connectés et digitaux pour améliorer l’efficacité énergétique des ménages et des entreprises belges. Que ce soit en matière de stockage à grande échelle ou d'amélioration de l'efficacité énergétique, nous avons plusieurs projets sur lesquels nous souhaitons avancer en Belgique. Ces projets ne sont pas une contrepartie de l'accord sur le nucléaire mais bien l'ambition d'Electrabel et du Groupe ENGIE d'être leader de la transition énergétique en Belgique.

9. "Les 20 millions payés annuellement par Electrabel pour la prolongation de Doel 1 et Doel 2 iront dans le fonds de transition qui retournera chez Electrabel. Vous vous payez vous-même !"

C’est le Gouvernement qui décidera comment allouer ce fonds de la transition énergétique. Les projets les plus innovants seront sans doute aidés via ce fonds. C’est autant d’investissements qui ne se retrouveront pas dans la facture des consommateurs.

10. "Il faut des textes de lois, mais Electrabel a déjà tout signé. C’est donc vous qui faites les lois dans ce pays !"

Celui qui fait les lois en Belgique, c’est le Parlement, sur proposition du Gouvernement d’un projet de loi. Ce qu’a fait Electrabel, c’est parapher ce qui était l’esprit du cadre dans lequel nous souhaitons nous engager pour dix ans. La logique a toujours été la même depuis que le Gouvernement fédéral a annoncé en 2014 vouloir prolonger Doel 1 et Doel 2 : pour prolonger ces unités, Electrabel doit faire un investissement important de 700 millions d’euros. Pour le faire, il fallait une certaine sécurité juridique sur le cadre fiscal. Un industriel a besoin de visibilité et pas d’un cadre fluctuant en permanence.

04.12.2015